Les outils de science
Trousse à bistouris
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Auteur
Louis Mathieu (1817-1879) et Frédéric Charrière (1803-1876) -
Matériaux
Cuir, Écaille de tortue, Feutrine, Métal -
Dimensions
Hauteur : 11 cm -
Numéro inventaire
2020.7.1
La trousse en feutrine et cuir conserve six bistouris dont les manches sont en écaille.
Quelques inscriptions visibles sur l’objet, nous permettent d’en savoir plus sur son origine. L’impression en lettres dorées « DR. P. Ricord. », visible à l’intérieur du rabat principale de la trousse, suggère que cet objet appartenait au docteur Philippe Ricord (1800-1889). Le docteur Ricord est une figure emblématique de la médecine et de la chirurgie française du XIXe siècle. Il est connu notamment pour ses travaux sur la syphilis, les maladies vénériennes et pour avoir créé un spéculum. En 1862, il est nommé médecin ordinaire du prince Napoléon (1853-1891), puis sept ans plus tard, chirurgien-conseil auprès de Napoléon III (1808-1873). Véritable personnalité publique, il compte parmi ses proches les frères Goncourt, l’architecte Garnier (1825-1898) ou l’archéologue Schliemann (1822-1890). Durant sa carrière médicale il rencontrera l’écrivain Théophile Gauthier (1811-1872) ou le compositeur Gaetano Donizetti (1811-1880). Sa vie au service des autres et ses travaux sont récompensés par le prix Montyon (1842), une nomination comme Chevalier (1858) puis Grand officier de la Légion d’honneur (1871).
Le matériel personnel du Docteur Ricord est à l’image de sa notoriété. On recense des instruments d’acier doré ou encore des spéculums en ivoire ! Cette trousse, dont les manches des bistouris sont en écaille, une des matières les plus précieuses travaillées en tabletterie, rappelle le statut social du médecin.
En outre, la trousse présente les inscriptions « WEISE LONDON / MATHIEU / CHARRIERE ». Elle semble faire référence à Frédéric Charrière (1803-1876) et Louis Mathieu (1817-1879) deux sommités dans la coutellerie et l’instrumentation médicale française et européenne. En effet, au XIXe siècle, Paris est la capitale mondiale de la chirurgie et par extension, de l’instrumentation médicale. Les dernières découvertes et les progrès dans l’anesthésie, l’asepsie et la stérilisation des instruments accélèrent l’invention et les commandes des couteliers chirurgicaux parisiens. Leurs productions initialement artisanales deviennent semi-industrielles. De grands noms comme Charrière, Mathieu, mais aussi Lüer, Henry, Grangelet, Aubry ou encore Samson s’installent au quartier des Cordeliers, non loin de la faculté de médecine où ils y retrouvent leur principale clientèle. À ses débuts, Mathieu se forme notamment durant six ans chez Charrière avant d’ouvrir sa propre boutique. De nombreux conflits éclatent entre les deux couteliers, notamment autour de la légitimité de certains brevets. Cependant, certaines commandes particulièrement complexes peuvent être fabriquées en commun avec marquage nominal séparé, comme c’est le cas ici.
Aux XIXe et XXe siècles, l’écaille de tortue se décline en de nombreux objets de tabletterie de luxe, allant de l’accessoire de mode (éventails, boucles de ceinture, boutons, barrettes), aux objets usuels (nécessaires d’écriture, monture de lunette ou peignes). L’instrumentation médicale ne déroge donc pas à la règle. Les six bistouris de cette trousse présentent un manche en écaille sans autre décor que la jaspure brune de la matière précieuse.